Et si c'était le Gabon qui avait sauvé la France ?
Un livre choc présenté à Paris renverse l'histoire : ce n'est pas la France qui a tout donné à l'Afrique. C'est parfois l'inverse.
Samedi 25 avril, salle Jacques Chirac, mairie du 17ème arrondissement de Paris. Cent trente personnes, assises ou debout, écoutent pendant près de deux heures un homme raconter l’histoire à l’envers. Olivier Fabre, analyste en relations internationales, vient de publier un livre au titre provocateur : « Comment le Gabon a aidé la France ?« . Et il ne plaisante pas.
Le discours habituel, il le retourne comme une crêpe. On nous a longtemps expliqué que la France avait aidé ses anciennes colonies. Fabre, lui, pose une autre question : et si c’était le Gabon, son pétrole, son uranium, son manganèse, ses forêts, qui avait permis à la France de rester une puissance après la perte de l’Algérie ? « Ce petit pays d’Afrique centrale est devenu un pilier discret, mais déterminant, de la stratégie française », affirme-t-il.
Elf, le franc CFA, les réseaux secrets… tout est là
Pour étayer sa thèse, l’auteur a épluché des archives, recueilli des témoignages de poids, dont ceux d’Antoine Glaser, grand spécialiste de l’Afrique, et de Loïk Le Floch Prigent, ex-patron d’Elf. Il retrace comment la compagnie pétrolière, le franc CFA et les fameux réseaux Foccart ont tissé pendant des décennies une toile invisible entre Paris et Libreville. De la diplomatie secrète, des intérêts économiques colossaux, et une relation qu’Olivier Fabre refuse de résumer à la seule domination : il parle de « dépendances mutuelles ».
Autrement dit : les deux y trouvaient leur compte. Mais pas toujours de façon équilibrée.
"Un coup de libération"
L’auteur ne s’arrête pas aux années Foccart. Il aborde frontalement le coup d’État d’août 2023 au Gabon, qu’il appelle sans détour « un coup de libération ». Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont déjà claqué la porte au nez de Paris, Libreville se retrouve elle aussi à un carrefour. Fabre voit dans cette recomposition une occasion : pour le Gabon de s’affirmer, de diversifier ses alliances, de construire enfin des partenariats à égalité.
La question tombe à pic. Dans la salle, des voix s’élèvent pour demander : quid de la Chine en Afrique centrale ? Quel avenir pour le franc CFA ? Et la jeunesse gabonaise, elle en pense quoi ?
Le 17ème arrondissement parisien aux premières loges
Une belle coïncidence a fait que l’événement s’est tenu dans la salle Jacques Chirac, celui-là même qui entretenait des liens étroits avec les chefs d’État africains. Jean-Didier Berthault, adjoint au maire du 17ème, était présent. Dans le public, on croisait aussi des personnalités comme Philippe Chandezon ou Barka Tefridj, conseiller du président nigérien.
Un beau monde, pour un sujet longtemps réservé aux cercles d’initiés et qui déborde désormais bien au-delà.
Qui est Olivier Fabre ?
Diplômé de la Sorbonne, titulaire d’un master de droit et d’un master de géopolitique de l’IRIS, Olivier Fabre appartient à une nouvelle génération de chercheurs qui n’ont pas peur de bousculer les certitudes héritées. Son objectif ? Pas nourrir la rancœur, mais poser les bases d’une relation enfin débarrassée de ses non-dits.
Un pari ambitieux. Mais visiblement, le public est prêt à l’entendre.
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